INSPIRATIONS
ARCHITECTURE COMMUNAUTAIRE //
DOUGLAS CARDINAL ET FRANK LLOYD WRIGHT

Dans cette section, deux approches sont mises en relation, dans l’idée où elles reprennent des éléments clés des valeurs des communautés innues liées à l’espace, à la nature, à la valorisation du territoire. D’une part l’architecture organique de Frank Lloyd Wright qui se réfère à un concept de vie intrinsèque et de construction naturelle. Cardinal reprend les mêmes idées dans son approche autochtone Nord-Américaine qui aborde chacun des aspects de la vie des premières nations dans lesquels les environnements ou les composantes sont  inter-reliés et forme un tout unifié.

 

Voici deux projets qui illustrent la structure en grappes développée d’une part par Douglas Cardinal pour le projet de Yellowquill Nation en Saskatchewan et d’autre part par Frank Lloyd Wright dans le projet pour Galesburg country homes au Michigan. Même si à première vue ces structures se ressemblent, elles illustrent un rapport à la communauté différent. Dans le projet De Douglas Cardinal, chaque cercle regroupe un ensemble de résidents partageant un espace semi-privé de parc alors que Frank Lloyd Wright place une résidence individuelle au centre de chaque cercle. La limite de propriété est alors bien définie dans le deuxième cas. Un point en commun serait que chaque structure indépendante est considérée en relation avec l’ensemble à plus grande échelle.

 

 

Une idée forte qui ressort dans les deux pratiques est de placer les espaces collectifs au centre du bâtiment public, dans ce cas ci deux écoles, et faire graviter les fonctions autour. Le centre est lieu de rassemblement et chaque espace autour est intégré et intimement lié au suivant.

 

 

En architecture, cette idée se traduit par la liaison entre la terre et le ciel, un symbole important des premières nations. Par exemple, le salon central est en contrebas et fais écho à la fosse du feu. Tandis que les ouvertures dans le toit reflètent les trous de fumées construits dans les structures traditionnelles. 

 

 

Il est primordial de souligner un aspect commun aux deux approches ; l’importance du dialogue du bâtiment avec l’extérieur.

 

 

ANALYSE DE PRÉCÉDENTS 

Cette auberge, a été conçue, construite et financée par la communauté des MoCreebec, une nation Cris vivant dans deux communautés, à Moose Factory et à Mossonee.

 

Ce projet a été élaboré avec l’intention de fournir des moyens d’existence économiques, sociaux et culturels à cette communauté cris. Les projets de développement économique communautaire renforcent les actifs de l’organisation, contribuent à l’économie et créer des emplois pour la main d’œuvre locale. L’approche éco touristique, qui était en développement en Ontario à l’époque, répond entièrement aux valeurs environnementales et aux pratiques culturelles des cris.

 

 

CREE VILLAGE ECOLODGE MOOSE FACTORY_CLIVE LEVITT
ARCHITECTURE COMMUNAUTAIRE //

Les MoCreebec, n’ont pas de statut de bande reconnu au niveau fédéral. En tant que communauté distincte, le Conseil de bande veille à la gestion de la communauté. 

 

 

Les Mocreebec habitent la région de Moosonee / Moose Factory depuis au moins sept générations. Par contre, l’organisation du Conseil a été créée en1980. Leur premier objectif était de répondre aux besoins fondamentaux de la population en termes de logements, d’aqueduc (eau et égouts) et d’accès à la terre. Au tournant des années 2000, les buts et les objectifs du conseil ont évolué pour refléter de nouvelles priorités, comme l’autonomisation de la communauté. 

 

 

Le bâtiment est une place de rassemblement pour la communauté et une destination touristique. Le tourisme devient moteur économique et un lieu de développement de la collectivité. L’auberge est gérée comme un organisme sans but lucratif et tous les profits sont soit réinvestis dans l’auberge, et dans la collectivité. Selon Sonya R. Graci, qui a réalisé une étude en 2012 sur le tourisme durable, 6 attributs clés sont nécessaires pour le succès du tourisme communautaire au sein d’une communauté autochtone.

 

>  la propriété 

>  l’intégration de la collectivité

>  redonner la fierté du patrimoine culturel et de la conservation environnementale

>  l’autonomisation de la collectivité

>  les partenariats

 

Source : GRACI, Sonya R. «Mettre en pratique le tourisme durable : Le cas de l’auberge écotouristique Cree Village Ecolodge de Moose Factory, en Ontario». Les innovations en tourisme durable, Téoros, hors série-1, 2012. 

 

 

L’architecture veut honorer les traditions cries. La forme est calquée sur le shaaphutwaan, une habitation traditionnelle dans une structure de pins et de cèdres. L’auberge utilise des matériaux qui ont un impact minime sur l’environnement comme du bois local et des matériaux naturels.

 

Malgré leurs intentions d’agir comme décideurs et développeurs de ce produit touristique, les Mo.Creebec ont travaillé avec des consultants externes comme des architectes, des organismes gouvernementaux et des organismes touristiques. Ces partenariats génèrent une connaissance et une sensibilité parmi les touristes nationaux et internationaux et augmente le nombre de visites à l’auberge, en assurant ainsi le succès économique.

 

 

Grâce au tourisme, la collectivité qui avait perdu antérieurement beaucoup de sa culture, a renoué avec ses idéologies autochtones culturelles et territoriales dans le but d’en faire la promotion. La communauté utilise l’espace à ses propres fins. L’auberge représente un espace social très important. Bien que certains étaient réticent au partage touriste/cris, le partage de la culture et a ravivé le souvenir des traditions. 

 

 

NATIVE CHIL AND FAMILY SERVICES OF TORONTO_CLIVE LEVITT
ARCHITECTURE COMMUNAUTAIRE //

Ce centre culturel communautaire pour les familles autochtones est implanté en plein cœur du centre-ville de Toronto dans un bâtiment existant remis à neuf.

 

Le défi était de créer un endroit qui reconnecte les autochtones vivant en milieu urbain avec la nature et de mettre de l’avant des traditions autochtones qui recoupent différentes nations dont les autochtones, métis et Inuit qui ont chacun leurs propres identités et coutumes. Il était important de laisser les symboles utilisés «culturellement ouverts» puisque le centre dessert de nombreuses communautés autochtones.

 

Les architectes ont collaborés avec des autochtones, pour définir les matériaux et les formes qui sont propres à chaque communauté de la région des Grands Lacs.

 

Ces caractéristiques donnent au bâtiment son identité culturelle et adoucissent aussi sa nature institutionnelle. Les images imprimées sur les murs ou au sol représentent des traditions réinterprétées de manière contemporaine. 

 

Le bâtiment abrite plusieurs fonctions : garderie, bureaux pour professionnels en services sociaux, salles de rencontre, bureaux pour organismes autochtones et au centre, une grande maison longue. 

 

La maison longue agit comme salle de rencontre, idéale pour des assemblées publiques, des cérémonies et des réunions informelles. C’est une version contemporaine du traditionnel lieu de rencontre. La forme emblématique est fait de matériaux traditionnels comme le cèdre et le bouleau, mais les arches structurelles ont été modélisés par conception numérique.

 

 

 

Un toit végétal a été installé pour s’intégrer plus facilement dans les traditions autochtones du jardin en milieu urbain. Cet espace extérieur est utilisé de manière formelle et informelle pour les cérémonies publiques, des séances de tambour et de cercle, pour des conseils, des réunions, et la récréation. Le jardin communautaire fait pousser des plantations indigènes : sauge, tabac, mais, haricots et courges. Le pavillon de ressourcement reprend les idées de la tente de sudation utilisée chez les Cris et autres nations amérindiennes. Traditionnellement servant à la guérison, elle est une construction aussi fonctionnelle que spirituelle

 

Pour Kenn Richard, le directeur du centre, avec le temps le bâtiment jouera mieux son rôle d’expérience autochtone «authentique» à travers les expériences vécues des familles du centre.

 

Source : http://www.nomeancity.net/tour-native-child-and-family-services-by-levitt-goodman/ 

 

 

 

La question posée par Robert Lavoie est très intéressante quant à la capacité d’une architecture de refléter une identité propre, dans le cas qui nous intéresse, la culture innue.  Dans le cadre de son essai-projet en architecture, l’étudiant s’intéresse à l’architecture contemporaine qui s’inpière de leur tradition constructive,une architecture qui leur ressemble qui est davantage orientée vers le présent que vers le passé.

 

L’originalité de sa démarche réside dans le recours à la tectonique comme médiateur central dans le dialogue entre technique et expression culturelle.

UN SHAPUTUAN CONTEMPORAIN POUR LA COMMUNAUTÉ DE PESSAMIT //
LA TECTONIQUE, UN MOYEN D'EXPRESSION IDENTITAIRE

Une tectonique ancrée dans la culture locale

 

« Cette manière de penser l’architecture est enrichie et complexifiée par la considération de toutes les étapes que le comprend le processus constructif. Simmonet (2009) avance que cette rationalité déhiérarchise le processus de la démarche de conception et que les règles qui organisent la pensée architecturale ordonnent de travailler avec des contraintes qui sont toutes de même importance. » (Robert Lavoie, 2012)

 

Toute construction identitaire [...] a besoin, dans un certain sens, de trouver ses repères spatiaux auxquels se référer.

(techniques locales + matériaux disponibles)

 

Ici, l’idée n’est pas de réduire la tectonique seulement à cet aspect, mais plutôt d’y insister et montrer que lorsque le contexte dans son ensemble et toutes ses considérations sont pris en compte, la pensée tectonique permet l’évolution de l’aspect constructif de manière à le rendre cohérent avec le lieu dans lequel le projet s’implante. Celui-ci sera teinté  des caractéristiques contextuelles locales donc cohérent et porteur d’identité.

 

Donc, on peut dire qu’on est, en quelque sorte, en quête d’une architecture qui reflète ou qui profite des pratiques héritées.

LES CONSIDÉRATIONS CONSTRUCTIVES CONTRIBUTIVES À UNE ARCHITECTURES IDENTITAIRES

Au-delà des besoins fonctionnels, le but est de retenir « l’essence » de ce qui influence l’expérience de l’espace de l’occupant dans le shaputuan traditionnel. La réflexion de Robert Lavoie s’appuie alors sur 4 ambiances physiques qualifiables du shaputuan traditionnel transposables dans une architecture contemporaine.

 

1. Ambiance lumineuse

- Diffusion de la lumière à travers les toiles

- Contraste atténué

- Presque toute la lumière qui pénètre à l’intérieur est filtrée et teintée d’une couleur particulière

 

2. Ambiance sonore

- Perméabilité au son, contact préservé entre l’occupant et le contexte

- Participe à une relation intérieur/extérieur

- Espace à réverbération atténué (sol et toile)

 

3. Le contact au sol

- Contact avec la terre et sapinage

 

4. La forme de l’espace

- Effet d’enveloppement (influence de la forme sur l’occupant)

- L’espace se referme à ses extrémités

LES AMBIANCES PORTEUSES DE SENS
AVANTAGES DE L'ARCHITECTURE CONTEMPORAINE

Il est intéressant de constater les avantages, ou l’apport, des techniques contemporaines à ce type d’architecture. Les matériaux proposés sont plus durables (toile légère, facile à ranger et transportable ...). Aussi, il devient possible de concevoir une structure modulable résolument plus flexible.

VERS UNE ARCHITECTURE AUTOCHTONE : CRITITQUES ET ANGLES D'APPROCHE

Doit-on s’attarder à préserver les formes et  les ambiances ou doit-on veiller à ce que la réponse aux besoins particuliers d’une communauté soit toujours pertinente et cohérente ? Peut-on marier les deux ?

 

Selon la définition diffusée par l’UNESCO et ICOMOS, le concept de paysage culturel ou « cultural landscape » englobe l’ensemble des interactions entre l’homme et son environnement naturel. Un paysage culturel révèle le génie créatif, le développement social,  l’imagination et la spiritualité du fait humain dans son environnement. Inhérent au développement durable, ce regard propose de soutenir une évolution organique d’un patrimoine en correspondance à son origine, son contexte et sa valeur.

 

Dans le cas qui nous intéresse,  il est pertinent de se rappeler que tous les Innus n’ont pas maintenu un mode de vie traditionnel. Plusieurs, néanmoins, en gardent des traces importantes ou le vivent de manière différente. Il devient alors primordial d’identifier les traditions perdues, les habitudes transmises par les blancs et les traditions conservées ou modifiées/adaptées. (Casault, Martin, 2005) Autrement dit, il ne s’agit pas [...] d’ignorer les processus d’invention de la tradition ni celui du recours à des symboles étrangers pour acquérir une certaine légitimité. (Vincent, 2009)

 

« S’il est vrai que l’architecture des réserves amérindiennes peut paraître modeste (sans argent) et sans appartenance (fournie par le gouvernement) est-elle absente pour autant ? Peut-on prétendre que « tout est è faire » ? Lorsqu’on pense à l’architecture autochtone, immanquablement nous en tète le tipi. À Oujé-Bougoumou, l’architecture des maisons fait référence aux tipis. L’architecture néo-traditionnelle est-elle la seule option qui s’offre aux autochtones ? [...] Ce regard stéréotypé sur le tipi, s’il se veut positif, a pourtant un mauvais versant. Il fait de l’autochtone un produit de son environnement, qui, dès le moment qu’il en sort, ne pourra qu’échouer puisqu’il perd alors la source de son «ingéniosité». »

(Landreville, 2009)

 

- ARCHITECTURE DU QUÉBEC, Musée des Abénakis, 11 octobre 2014, http://www.architectureduquebec.com/blogue/musee-des-abenakis, consulté le 12 septembre 2015.

 

- ATELIER PIERRE THIBAULT, Le musée des Abénakis, http://www.pthibault.com/project/le-musee-des-abenakis, consulté le 12 septembre 2015.

 

LANDREVILLE, Maude (2009). « Oujé-Bougoumou : l'avènement d'un village cri » Mémoire. Montréal (Québec, Canada), Université du Québec à Montréal, Maîtrise en études urbaines.

 

LAVOIE, Robert. (2012) La tectonique, un moyen d'expression identitaire : un shaputuan contemporain pour la communauté de Pessamit. Université Laval : Essai-Projet. 

 

MARTIN, Tania & CASAULT, André. (2005) Thinking the Other. Towards Cultural Diversity in Architecture, Journal of Architectural Education (September) 59 (1) : 3-16. 

 

UNESCO & ICOMOS : Concept de «cultural landscape». site internet : http://whc.unesco.org/en/culturallandscape/.

 

- TSHINANU INC., Nous ensemble – all of us : Construire, 7 juillet 2014, [vidéo], https://www.youtube.com/watch?v=RbHTDuyr7wY,  visionné le 11 septembre 2015

 

VINCENT, Sylvie. (2009) Se dire Innu hier et aujourd’hui : l’identité est-elle territoriale ? In Gagné, N., Martin, T. & Salaun, M. (dir.) (2009) Autochtonies. Vues de France et du Québec. Québec : PUL, 261-273. 

 

 

 

RÉFÉRENCES

source : Robert Lavoie, 2012

source : Robert Lavoie, 2012

source : Robert Lavoie, 2012

source : Robert Lavoie, 2012

source : Robert Lavoie, 2012

ARCHITECTURE COMMUNAUTAIRE //
MUSÉE DES ABÉNAKIS _ PIERRE THIBAULT

source : Atelier Pierre Thibault

source : Atelier Pierre Thibault

source : Atelier Pierre Thibault

source : Atelier Pierre Thibault

L’agrandissement du musée des Abénakis est un espace communautaire contemporain conçu par l’architecte Pierre Thibault. Le projet se situe à Odanak, au centre du Québec. Il représente le plus ancien musée voué à la culture autochtone au Québec. Ce projet reflète l’importance de réfléchir en groupe afin d’offrir aux communautés des lieux sensibles qui leur ressemblent. Le travail associé à ce projet s’est déroulé sur 12 ans.

source : Atelier Pierre Thibault

Le projet de 4,9M$ a été subventionné à 10% par le conseil de bande, 45% par le gouvernement fédéral et 45% par le gouvernement provincial. L’agrandissement, à la matérialité forte de bois, comprend 1180 m2, ce qui double la superficie de l’ancien musée. L’édifice de briques rouges était anciennement une école tenue par les Sœurs Grises de la Croix, qui enseignait aux Abénakis.

La commande du projet demandait de poser une attention particulière à l’importance ethnographique et historique de la communauté. Les nouvelles salles d’expositions présentent la culture traditionnelle aux visiteurs et constituent un lieu de rassemblement pour les Abénakis. La symbolique des lieux a orienté certaines décisions architectures, notamment l’intégration du 1% d’œuvre d’art à la structure de tronc d’arbres qui habitent l’espace central. Le parcours à travers cette « forêt » offre une sensibilité à l’usager. La configuration sur deux paliers crée un lieu d’échange pour la communauté.

L’empreinte au sol est redonnée sous forme de terrasse sur le toit. Ce lieu devient un espace contemporain propice aux rituels comme les mariages et les rassemblements.

L’empreinte au sol est redonnée sous forme de terrasse sur le toit. Ce lieu devient un espace contemporain propice aux rituels comme les mariages et les rassemblements.

 

Cet espace en altitude offre à la communauté un belvédère sur le territoire. Elle permet d’y voir la rivière Saint-François d’un côté et l’urbanité de l’autre. Ce nouvel espace permet la compréhension du territoire d’un autre point de vue.

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