INSPIRATIONS
ANALYSE DE PRÉCÉDENTS 

Une philosophie des villages de pêche rurale de Terre-Neuve

 

Le village a été choisi pour sa situation d’implantation le long de la côte, ses activités de pêche et son mode de vie rural, se rapprochant des caractéristiques et habitudes des innus. Des éléments tels que la connexion intime à la nature, à la terre, à l’eau et au climat (souvent arride) ; leur dépendande à l’ingéniosité, à la main-d’oeuvre artisanale ; et leurs valeurs de l’épargne et de l’endurance servent de source d’inspiration et de pierre d’assise pour ceux d’entre nous pris dans le brouhaha de la vie moderne. 

 

AUTRES APPROCHES //
TILTING _VILLAGE RURAL CÔTIER

Tilting est située à Terre-Neuve, le long de la côte Atlantique, sur l’ile de Fogo Island. En rouge sont indiquées les nombreuses communautés innues installées au bord de l’eau. ll y a certainement des principes pouvant être récupérés par rapport à la façon d’habiter le territoire, de vivre en contact avec l’eau et de pratiquer des activités qui font parties de l’identité culturelle des habitants. 

Tilting est implanté au creu d’une anse de l’ocean atlantique. le village est connecté par la route 334 qui borde l’île de Fogo Island. 

Les bâtiments sont implantés le long de cette route, mais également tout autour de l'anse.

De plus près, on saisit l’alignement avec les rues de certains bâtiments, en contradiction avec d'autres qui semblent ne suivre que la topographie. Certains traits ressortent ; des non-alignements, des limites de propriétés qui semblent non définies, la présence de maisons comme bâtiments principaux, mais aussi une panoplie de plus petits batiments qui entourent les propriétés de manière libre. Il est possible d'observer de petites extensions de pêche au bord de l’eau par exemple.

les habitants

Robert Mellin, un architecte,  s’est intéressé à la conservation du patrimoine des villages de pêche à Terre Neuve.  Il se spécialise dans l’interprétation de l’architecture vernaculaire et a d’ailleurs publié un livre sur le village de Tilting. il a également rédigé sur la culture, la mémoire et l’identité de Terre-Neuve et du Labrador. Pour Tilting, il introduit la notion de paysage culturel. Il est important de préserver les valeurs culturelles pour préserver le paysage culturel d’un lieu. Il est directement en relation avec les activités humaines associées à un tradition particulière, dans de cas, le secteur de la pêche maritime, qui est d’ailleurs encore pratiqué et profondément compris par les résidents

De manière générale, les maisons sont regroupées autour du port, elles n’y font pas nécessairement face. À l'époque, le transport se faisait exclusivement par l’eau, les maisons étaient alors toutes orientées dans ce sens. Lorsque le transport routier est apparu, certaines maisons se sont naturellement retournées vers cette nouvelle connexion. Sur cette photo, il est également possible de remarquer toutes les petites extensions détachées de la maison qui servent à abriter toutes sortes d’usages (remises à bois, batiment de pêche, réserve d’aliments…) À travers tous ces batis, le chemin semble fluide, les limites de propriétés sont peu définies et le résident peut créer son propre chemin. 

Sur cette image, il est possible de voir clairement l’entremelage des propriétés , les chemins se croisent.

Un aspect très important de ce précédent concerne l’importance du lien avec le territoire. Les maisons sont construites de manière à être flexibles au changement et répondre à l’évolution des besoins de la famille. Elles n’ont donc pas de cloisons porteuses, ce qui facilite les modifications et également le transport. Un concept particulier est associé à l’habitation à Tilting, on le nomme le “launching”. Les maisons sont déplaçables. Lors d’une vente, la maison est alors livrée à son nouveau propriétaire. Le batiment entretient donc un lien particulier avec son territoire. Il lui impose une empreinte minimale, même temporaire. Le fait de pouvoir s’installer n’importe où sur des fondations de bois temporaires permet également de souligner ou de célébrer l’irrégularité de la topographie. Les extensions se déplacent également dans le village, elles peuvent changer d’emplacement, et ce,  plusieurs fois par années.  

le village de Tilting est également défini par une expression personnelle forte qui utilise des matériaux locaux et une palette de couleur limitée. 

MAISONS MCKAY LYONS
AUTRES APPROCHES //

Le projet présente un aspect intéressant observé plus haut dans le village de Tilting : la fragmentation de la maison. Ce qui pourrait davantage convenir à un idéal innu, l’éclatement en plusieurs corps bâtis permet, entre autres, de mettre en place des espaces intérieurs moins cloisonnés et moins divisés.

 

Sur un site, cette organisation permet de localiser stratégiquement des espaces partagés. Dans le cas de la Pond House, on retrouve au centre cuisine et espace de convivialité. Transposé dans un modèle innu, on pourrait s’imaginer un espace de rassemblement ou même un des équipements partagés comme des ateliers. En disposant les usages plus privés en périphéries, il devient possible de conserver un rapport d’intimité tout en facilitant la rencontre au sein du voisinage.

POND HOUSE, ELLIOT ARCHITECTS, MAINE, USA
L'ÉCONOMIE COMME ÉTHIQUE DE TRAVAIL

« It’s more exciting to me to rediscover something others have understood, than to imagine I invented it. When you rediscover something that others have figured out, you get a sense that they must be good ideas, because they have currency beyond your discipline. You have friends, you’ve got allies—you’re not alone. »

(Brian Mackay-Lyons, Canadians Architects, 2 juin 2015)

 

À travers sa pratique, l’architecte canadien Brian Mackay-Lyons remet en question une certaine obsession de l’« innovation » présente dans la culture architecturale internationale. Il défend un intérêt pour «ce qui existe déjà». Il cherche surtout les meilleurs moyens pour mettre en place une architecture qui  « cultive » le paysage culturel au lieu de s’y imposer.

 

« All culture derives from the poor is about accessibility. »

(Brian Mackay-Lyons, Canadians Architects, 2 juin 2015)

 

Selon Mackay-Lyons, toute culture est, en quelques parts,  issue d’un contexte de pauvreté, de rationalisation ou de frugalité.

 

L’architecture vernaculaire représente ce qu’il est possible lorsqu’il est impossible ou impardonnable de se tromper. Autrement dit, il travaille de manière à ce que l’architecture soit accessible autant socialement et qu’économiquement.

 

 

 

 

S’inspirant du rapport au site que l’on observait sur dans les camps de pêche et de la flexibilité offerte par les volumes de ferme anglaise, Mackay-Lyons réalise avec peu de moyens (33 000$) un studio d’artiste de 1 200 p.c.. De la sorte, il reconjugue des formes que l’on observe dans le paysage pour leur réponse efficace et pertinente aux nouveaux usages implantés.

 

La structure est réalisée selon une technique locale développée par un constructeur de bateau de la région.

 

Pertinence dans le contexte innu

La légèreté et la flexibilité de ce type d’établissement pourraient convenir à certains usages observés dans la communauté. Vu son ouverture au paysage et à son environnement contigu, ce genre d’abris peut être propice à la rencontre et au partage.

EXEMPLE DE L'ATELIER ROUBADOUX

source : Brian Mackay-Lyons : Selected projects. Documents in Canadian architecture, 1998.  

GHOST PROJECTS

Peut-on remettre en question la pertinence de recréer de manière permanente, dans un contexte nouveau de sédentarité, des formes architecturales qui ont émergé grâce au nomadisme et à ses contraintes propres ? Les réalisations ou les constructions répondant au désir de commémoration pourraient-elles se matérialiser autrement ?

 

À travers une démarche expérimentale et événementielle, Mackay-Lyons a réalisé une série de maisons fantômes reconstruire sur les fondations des premières implantations. Elles ont été construites de manière rudimentaire avec ce que l’on trouve sur place. (zéro aesthetic, low-tech, folk-tech, ...) L’objectif étant de révéler l’esprit de la découverte inhérente aux premières occupations, cette forme de voyage permet de revivre l’enthousiasme, l’incertitude, l’ingéniosité qui a permis l’émergence de ces installations primitives.

 

« Riveting, evocative, at times terrifying, the stories allow us to feel and breathe the atmosphere of the past. Ghost stories are a form of travel - not across space to other countries and cultures - but across time, carrying our imagination with us. They evoke a timeless culture and a landscape and allow the listener to project him- or herself into this imaginary ideal. As with fables and parables, such stories often carry a lesson. »

MACKAY-LYONS, Brian. Ghost : Building an architectural vision. Princeton Architectural Press, New York. (2008)

source : Brian Mackay-Lyons : Selected projects. Documents in Canadian architecture, 1998.  

Brian Mackay-Lyons : Selected projects. Documents in Canadian architecture, 1998.

 

 

Interview with Brian Mackay-Lyons, Canadians Architects, 2 juin 2015.

 

 

MACKAY-LYONS, Brian. Ghost : Building an architectural vision. Princeton Architectural Press, New York, 2008.

RÉFÉRENCES

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