INSPIRATIONS
ANALYSE DE PRÉCÉDENTS 

La communauté crie d’Oujé-Bougoumou est située dans le nord du Québec à 30 kilomètres à l’ouest de Chibougamau. Les Cris du Québec ne vivent pas sur des réserves, mais dans des municipalités ou villages cris, c’est-à-dire un territoire sur lequel s’exerce une autorité locale crie.

 

Il s’agit d’un peuple nomade qui a été relocalisé sept fois en 60 ans, entre 1914 et 1974. Leur dernière relocalisation date de 1974 alors que la communauté vivait sur le site du lac Doré au sud d’Oujé-Bougoumou, qui a été vendu à une compagnie minière. Ils se sont alors engagés dans un processus de reconnaissance et de négociations qui a pris fin en 1984, soit dix ans plus tard. Ils ont reçu une promesse de financement du gouvernement provincial et fédéral à la hauteur de 75 millions pour assurer la construction et la gouvernance de leur propre communauté.

 

OUJÉ BOUGOUMOU //
UNE COMMUNAUTÉ AYANT FAVORISÉ UN PROCESSUS COLLABORATIF POUR CONCEVOIR LEUR VILLAGE

La population d’Oujé-Bougoumou est jeune, environ 36,5 % de la population a moins de 15 ans. Les différentes générations cohabitent en harmonie et très peu de personnes vivent seuls. Le sentiment d’appartenance à la collectivité est très fort dans la communauté.

 

Pourquoi cette communauté est exemplaire? La communauté a choisi de favoriser un processus collaboratif pour concevoir son village. C’est un projet d’aménagement qui se distingue par la contribution de la population de la conception à la mise en œuvre du village, donc du début à la fin.

Le choix du site a été une étape importante de la planification du village. L’analyse de plusieurs sites a été nécessaire pour en trouver un qui répondait à leurs désirs.

Ils recherchaient la présence d’eau pour la consommation, l’esthétisme, la pêche, les voies navigables. Ils désiraient une proximité de la nature et de la vie dans le bois. Ils voulaient une accessibilité par le réseau routier et un accès facile aux services urbains. Le choix d’Oujé-Bougoumou est justifié puisque cette communauté est à 15 km au nord de la 113 et à 30 km à l’ouest de la 167. Ils recherchaient un territoire assez près des services, mais assez éloigné à la fois, ce qui permet une réduction de la tentation de consommation d’alcools et de drogues qui sont interdits dans la communauté.

 

La position choisie pour l’implantation de la communauté témoigne des caractéristiques de camps de traditions crie qui s’adaptent aux différentes conditions environnementale et saisonnière. Par exemple, les camps d’hiver s’implantaient de manière à se protéger du vent grâce au relief et à la forêt. Lors des autres saisons, soit le printemps, l’été et l’automne les camps s’implantaient sur le point haut afin de faciliter le drainage. La communauté a alors choisi de s’implanter sur la rive nord-est du Lac Opémisca. Cette localisation permet un meilleur ensoleillement et un accès rapide au cours d’eau. Le relief et la végétation au nord forme un écran léger contre les vents dominants provenant du nord-ouest. La pente facilite le drainage des eaux de pluie vers le lac. Le choix du site dérive des connaissances et savoirs traditionnels de la communauté.

En janvier 1989, sept propositions d’aménagement ont été présentées par Surba Conseil à des groupes de la communauté d’Oujé-Bougoumou. De cette rencontre, les lignes directrices du projet d’aménagement ont été tracées. Celles-ci comportaient la création d’un pôle central, des stratégies pour le développement économique, le développement culturel, les espaces verts, les habitations et la forme générale du village.

 

Deux de ces sept propositions ont été présentés lors d’une consultation publique et c’est le plan radial qui a été retenu par la population.

En 2005, un nouveau plan a été proposé par le Groupe Gauthier, Biancamano, Bolduc urbanistes-conseils (GBB). L’agrandissement proposé se développe par rapport à un second cercle destiné aux équipements communautaires et un agrandissement du secteur industriel sud-est.

 

En 2009, une nouvelle esquisse de plan a été élaborée par Plania, une firme d’urbanisme, d’architecture du paysage et de planification des transports. Le plan d’aménagement conserve le deuxième cercle d’équipements communautaires, mais reprend le caractère de la trame urbaine existante.

Le symbole du cercle a été beaucoup utilisé dans l’implantation de la communauté.

Les voyages de chasse sont vus comme des périples circulaires, du camp vers les bois, des bois vers le camp.

 

La forme radiale rappelle aussi le soleil qui est un symbole important dans la culture cris.

Le cercle représente aussi le cycle de la vie, de la création, de la course des saisons et le renouvellement infini. On cherche à ce que la perception géographique soit faite selon un modèle concentrique. On remarque que le noyau institutionnel est entouré lui-même de manière concentrique par des résidences et ensuite la forêt. Chez les cris, la forêt doit être considérée dans le village et non juste l’espace bâti.

L’organisation de l’implantation à vol d’oiseau dévoile la tête d’un aigle et la partie à l’est, une aile. Le comité d’urbanisme a soumis cette idée symbolique et le plan a été accepté par la population. L’aigle est un symbole sacré pour les autochtones dans leurs croyances. C’est par lui que les prières peuvent se faire entendre par le Grand Esprit. Il agit à titre de messager et signifie la vision, la puissance et l’inspiration.

La forme du noyau central de la communauté témoigne de la transposition d’un élément d’enseignement de la culture autochtone : le medecine wheel. Cela représente les préceptes qui dirigent toutes les facettes de la vie chez les autochtones. L’interprétation est basée sur les points cardinaux. Les couleurs représentent les quatre grands peuples. On y retrouve aussi un élément, un état, une étape de la vie, une valeur et une saison. Le système viaire et le positionnement des différents usages témoignent de l’intégration de ce symbole dans la planification du plan.

Les rues sont plus étroites que dans les banlieues québécoises. Elles ont une largeur de 6,5m comparativement à entre 9 et 15m. Cela permet de réduire la vitesse des véhicules tout en diminuant les coûts reliés au déneigement de la voierie. La communauté avait fait la demande en 1989 que chaque rue possède un trottoir afin que les  piétons aient droit à un espace sécuritaire.

 

Les sentiers informels témoignent par leur nombre et leur positionnement que les habitants n’empruntent pas nécessairement les rues et les trottoirs pour se rendre d’un point à un autre.

L’occupation du territoire autochtone ne repose pas sur les droits de propriété, mais sur des droits accordés par rapport au partage des ressources. Autrefois, les territoires de chasse étaient divisés par famille et les limites de ces territoires se superposaient. Lors de voyage vers les camps de chasse, les familles traversaient d’autres territoires pour se rendre sur celui qui leur était assigné. Pour eux, la notion de possession de territoire n’est pas présente, on parle plutôt de responsabilités sociales de préservation du territoire.

Le nom des rues représente les territoires de chasse des membres de la communauté. On emprunte des éléments du mode de vie traditionnel de manière symbolique. Cela contribue à générer la mémoire collective. Les cris sont un peuple de tradition orale. On remarque qu’il y a un intérêt croissant à utiliser les nouveaux moyens de transmission du patrimoine culturel qui mise davantage sur la matérialité.

La communauté d’Oujé-Bougoumou voulait faire de leur village le reflet de leur culture et créer des bâtiments collectifs facilement repérables. Ils font appel à Douglas Cardinal, l’architecte autochtone le plus connu de l’époque à qui on doit le Musée canadien de l’histoire à Hull.

 

Les constructions se traduisent par de grandes toitures, typiques des constructions cries, et des éléments de structure en bois qui se prolongent pour donner un look plus contemporain. Les références ont voulu être adaptées aux besoins de la vie du 20e siècle.

 

Les caractéristiques que Cardinal donne aux bâtiments sont souvent reprises par la suite pour décrire l'ensemble de l'architecture d'Oujé-Bougoumou, considérée comme «typiquement autochtone». Les bâtiments caractérisent aussi l'œuvre de Douglas Cardinal dans son ensemble: couleurs de la terre, fenestration abondante, rondeurs, transparence de la structure, utilisation du bois et rappel des tipis. Les bâtiments appartiennent à une architecture tournée vers la nature se fondant au paysage par l’horizontalité et les courbes organiques

 

Selon l’analyse de Landreville, étudiante de l’UQAM, le village était déjà autochtone selon plusieurs aspects : le choix du site, le processus de décision et la configuration du village. Le projet de Douglas Cardinal vise une esthétique dite plus autochtone, une couche de sens supplémentaire pour la communauté et son nom donne au projet plus de notoriété. 

 

Source : LANDREVILLE, Maude. 2009. «Oujé-Bougoumou, l’avènement d’un village Cri». Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en études urbaines, Université de Montréal, 280 p. 

 

Ce bâtiment a été construit en 2009, et il a été créé par Douglas en collaboration avec le cabinet d’architectes Rubin & Rotman, associés de Montréal

L’institut est le 4e et dernier bâtiment qui forme la «Wheel of Medicine» au cœur du village, dans la partie qui symbolise le savoir et la sagesse. Pour les Cris, il constitue le point culminant de leur quête pour exercer le plein contrôle sur tous les aspects de leur vie, de leurs communautés et de leur destinée culturelle.

Le concept architectural s’inspire de l’habitation traditionnelle du Shaputuan. Le projet tente de faire le pont entre tradition et modernité, en conservant des rapports avec l’abri traditionnel, comme les matériaux, la forme et la lumière naturelle et en la fusionnant avec des références allochtones comme la toiture à 2 versants. La mousse et le sable qui couvrent traditionnellement ces abris ont été remplacés par un parement de bois et de la pierre


L’Aanischaaukamikw se veut être le reflet d’une philosophie du transfert des connaissances qui encourage et perpétue la tradition des conteurs, c’est donc un outil prioritaire sera à la préservation de la culture crie. Le terme Aanishaa signifie faire le lien, joindre selon une idée de continuité – du passé, présent, et le futur, de la culture, des traditions, des valeurs au cours des générations. 

 

 

Situé au cœur de la «Wheel of Medicine, le shaaphutwaan a été la première structure permanente construite sur le site. Il est le cœur du village et agit comme lieu de rassemblement. Il reprend des éléments du modèle traditionnel : structure de bois, ouverture zénithale et forme générale rectangulaire arrondie aux extrémités. Il occupe une position cruciale au niveau social, reprenant la fonction de lieu de rencontre. Tout le temps accessible, l’espace, ouvert sur toutes ses faces, demeure un endroit de passage et de rencontre.

 

On y tient des réunions politiques et communautaires, mariages, cérémonies religieuses, soupers, élections, ventes de garage, levées de fond. L’hiver, une patinoire prenait place en dessous. Chez les Cris, les espaces communs sont des lieux de rassemblement et de socialisation. Certains espaces plus symboliques sont utilisés comme système de mémorisation permettant de préserver les récits oraux, l’histoire, l’identité et la subsistance du peuple 

 

 

Dans l’habitation traditionnelle, l’organisation interne correspondait toujours à un aménagement standard adapté à la cohabitation. En automne, les autochtones habitaient dans des campements communs et lors des autres saisons, ils vivaient dans des tentes séparés. Le passage vers l’abri unifamilial constitue donc une simple transformation de la topologie de l’habitation commune.

Originalement, Cardinal avait fait une proposition de typologie d’habitations en grappe basée sur la structure traditionnelle. Cette proposition a été rejetée par la communauté en raison des désavantages notamment la difficulté de circulation, de déneigement et d’expansion.

 

C’est l’architecte Jeremy Jenkins qui a élaboré la portion résidentielle de la communauté d’Oujé-Bougoumou. Il s’agit de résidences de type unifamilial isolé réalisé selon le modèle standard de bungalow d’un étage avec sous-sol. Les fondations sont fabriquées en bois, ce qui causent des problèmes quant à l’instabilité du sol sablonneux. Les habitations sont faites de bois et peintes de couleur terre. Il existe cinq types d’organisation intérieure avec une enveloppe extérieure similaire. La forme rectangulaire de base est parfois tronquée aux coins. Les maisons aux coins tronqués ne possèdent pas de rangement intégré. Cette forme hexagonale se rapproche plus des habitations traditionnelles surtout par la forme de la toiture. Toutes les habitations possèdent un volume extrudé à l’avant formant l’entrée protégée. L’entrée est légèrement surélevée par rapport au sol et se fait de manière latérale au petit volume central. L’entrée ne se fait pas sur la façade principale. Cet aménagement permet d’orienter la porte dans la direction sud-est, face au soleil levant, comme dans les abris traditionnels. L’entrée est une mesure destinée à protéger l’intérieur de l’habitation contre la rigueur des intempéries, les vents dominants de l’ouest et du nord-ouest. L’angle d’implantation des résidences permet d’orienter l’entrée vers le sud-est. Ainsi, les habitations ne sont pas pour la plupart orientés par rapport à la rue.

La forme rectangulaire et l’utilisation du bois a permis à certains résidents de participer à la construction des résidences. Ils ont été formé et sont donc plus en mesure de bien entretenir leur résidence. Les résidents ont alors plus respect pour les habitations.

 

On remarque que certains habitants ont effectué des modifications sur leur maison. Ils ont modifié ou ajouté des espaces de rangement, ouvert l’espace en faisant tomber les murs. Ils ont parfois construit une galerie pour les activités et un shack pour entreposer les véhicules.

Les habitations sont assez critiquées par la population en raison du choix limité de type d’habitation surtout pour les grandes familles. Le programme d’accès au logement a tenté de régler le problème en créant de nouveaux types d’habitations, mais ceux-ci ne respectent pas les principes du design original. Les modèles se rapprochent de ceux rencontrés dans la majorité des villes et banlieues québécoises.

Pour tenter de trouver une solution qui correspond davantage à leur communauté, un nouveau prototype a été développé par Villeneuve Hale architectes. Le modèle se veut plus spacieux et au caractère plus contemporain. L’architecte a conservé certaines caractéristiques du premier prototype de Jenkins comme les matériaux. Par contre, les fondations sont maintenant faites de bois pour plus de stabilité. Il a aussi ajouté une galerie après avoir observé que les habitants ajoutaient des porches fabriqués à l’aide de bâche.

 

On suggère une diversification des logements pour répondre aux besoins de la population. Des unités plus variées conviendraient mieux aux différents ménages engendrés par des changements dans la structure familiale. Les personnes seules et aînées qui accompagnaient autrefois une famille ont de la difficulté à trouver un logement qui répond à leurs besoins. Cela constituera un nouveau défi pour els prochaines années.

source : Catherine Morneau, 2006, Annexe E

source : Catherine Morneau, 2006, Figure 44

source : Catherine Morneau, 2006, Figure 13

source : Catherine Morneau, 2006, Figures 29 et 30

source : Catherine Morneau, 2006, Figure 48

source : Catherine Morneau, 2006, Figure 25

source : Catherine Morneau, 2006, Figure 27

source : Catherine Morneau, 2006, Figure 37

source : Catherine Morneau, 2006, Figures 76-77

source : Catherine Morneau, 2006, Figures 79-80

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